(Billet publié à l’origine sur le site de l’Organisation du Québécois)

Jules 'Holymel' Falardeau
Je déteste les partis politiques. Tous. Bien sûr, je déteste le PLQ plus que les autres. Je déteste les partis politiques pour plusieurs raisons. Je déteste les gens carriéristes en politique, ce qui est probablement l’une des raisons. Je déteste aussi la logique de parti. C’est sûrement pour ça que je n’ai jamais été membre d’un parti, ni milité activement pour l’un d’eux. Je milite activement pour une cause : la liberté. La liberté de mon peuple, la liberté de tous les peuples. Je milite, je manifeste, je prends la parole, j’écris et je fais du cinéma pour cette cause. Je milite en même temps contre quelque chose; contre l’injustice, contre l’asservissement, contre l’oppression, contre l’ignorance, contre la bêtise. Vaste programme, me direz-vous…
Je déteste les partis politiques, mais j’ai un profond respect pour les simples militants indépendantistes. Par ailleurs, personnellement, je trouve que les militants du PLQ sont soit des débiles, soit des opportunistes, soit les deux. Quant aux militants de la CAQ, je doute que ça existe réellement. Même si je déteste les partis politiques, je ne refuserai jamais d’aller parler aux militants des partis indépendantistes, que ce soit au PQ, à Québec solidaire ou à Option nationale. À chaque fois que j’ai discuté avec des militants de ces partis, j’ai toujours trouvé l’expérience enrichissante et j’en apprends à chaque fois sur ce qui peut motiver quelqu’un à militer pour un parti. Les simples militants sont des gens formidables. On dirait que c’est lorsqu’il est question de logique de parti, de hiérarchie, de carrière et de pouvoir que le portrait s’assombrit.
Je déteste les partis politiques parce qu’ils sont capables de réduire la lutte pour la survie d’un peuple à un débat constitutionnel à la con, parce qu’ils sont capables de réduire le militantisme à des cocktails de financement. Je m’excuse, mais on ne galvanisera jamais une foule avec le foutu code Morin. Des fois, on dirait qu’on oublie qu’on se bat contre un système colonial qui est en place depuis longtemps. Le système est rodé et l’ennemi est puissant, vicieux et uni. Sauf que notre pire ennemi est en nous-mêmes. C’est notre mollesse collective, notre paresse, notre naïveté, notre ignorance, notre indifférence et, surtout, notre division.
Il paraîtrait qu’une société normale doit avoir un débat gauche-droite. Le débat gauche-droite n’est pas inutile en société, mais c’est un débat qui ne m’intéresse pas pour l’instant. En général, j’ai plus de sympathie pour la gauche partout dans le monde. Au Québec, je trouve qu’une partie de la gauche est particulièrement mélangée et colonisée. Une gauche bien-pensante qui, dès qu’elle entend le mot nationaliste, aime s’imaginer des rassemblements de chemises brunes du bas du fleuve. Une gauche qui pue le SCRS et qui prend la lutte pour l’autodétermination d’un peuple pour un projet bourgeois et raciste. Une gauche qui a peur de tout et surtout des mots. Citoyens du monde, mon cul. De l’autre côté, il y a une partie de la droite québécoise, la droite hot-dog, qui est aussi colonisée et mélangée, mais différemment. Le procédé est simple : on chie sur tout ce qui est Québécois, on préfère les States, on chie sur les BS, sur les syndicats, sur les gauchistes, sur les carrés rouges, sur les artistes, sur les nationaleux.
Pour ces ambidextres colonisés, l’indépendance est soit un projet bourgeois, soit un projet communiste. Moi, je veux l’indépendance du Québec, pas à droite, pas à gauche. L’indépendance en soi. Après, nous aurons toute la vie pour nous situer collectivement, lorsque nous serons maîtres de notre destin. Vous savez, en Chine, les communistes et les nationalistes se livraient une guerre farouche. Lorsque l’invasion japonaise prit de l’ampleur en 1936, ils furent en mesure de créer un front uni pour repousser l’envahisseur. Et en Iran, lors de la révolution de 1979, les forces de gauche et les islamistes ont réussi ensemble à faire tomber le Shah (auparavant placé par les Américains). Les choses se sont cependant compliquées lorsque les islamistes ont écarté du pouvoir les forces de gauche.
Ce que j’essaie de dire, c’est que la volonté indépendantiste doit primer sur les convictions de gauche ou de droite. Lorsque nous aurons un pays, il incombera aux forces de droite et de gauche de rester vigilantes pour ne pas être écartées du pouvoir comme ce fut le cas de la gauche en Iran.
Je n’aime pas les partis politiques, et je n’aime pas non plus les étiquettes gauche-droite. Pour la cause, je suis prêt à lutter avec tous les indépendantistes quelles que soient leurs autres convictions, quelles que soient leur religion, leur origine, leurs croyances ou leur classe sociale, en autant que nous soyons d’accord pour que l’indépendance ne doive pas se faire ni à gauche ni à droite, mais pour elle-même. Pour nous. Pour survivre en tant que peuple, parce que c’est bien de cela dont il est question, la survie, et c’est pour cela que ce doit être si important.
Une fois que ce sera fait, il me fera plaisir de m’obstiner avec n’importe qui sur la gauche et la droite comme dans n’importe quel PAYS normal.
Peut-être que je radote des fois. Vous me pardonnerez.
Jules Falardeau