
La semaine prochaine, nous allons avoir le choix de changer les choses. Choisir, avec un crayon et une feuille, lequel des partis politiques nous voudrions vraiment avoir à la tête de cet appareil gouvernemental malade et désuet. Le choix. Ce putain de mot qu’on nous balance au visage à chacune de nos respirations depuis plus d’un mois. Ces cinq lettres qui éclipsent tous les scandales de corruption et les luttes sociales actuelles comme une plate excuse; « Ne dites plus rien, ne criez plus, ne posez pas trop de questions et attendez le 4 septembre, car vous aurez le choix! »
Le choix de quoi au juste? De la couleur des rideaux et des valets qui vont travailler à l’Assemblée nationale ? Le choix de la teinture de cheveux du président de la chambre ? Du genre de télévision que nous voudrions avoir dans notre salon? LCD ou PLASMA? Est-ce c’est vraiment un choix ? Ici, ce n’est pas un choix, peut-être une obligation, peut-être une simple suggestion, mais pas un choix.
Si c’était une vraie obligation, nous serions punis par la loi le 4 septembre prochain en cas d’abstention. « Votez ou crever! » comme dirait certains fanatiques du processus. Heureusement, on ne tire pas encore sur les gens parce qu’ils ne votent pas; par contre, on les traite de crétins et d’irresponsables. La violence psychologique, c’est bon pour ceux qui se drapent dans la vertu ou pour les éternels défenseurs de l’establishment. Mais comme personne ne va défoncer votre porte mardi prochain pour vous forcer à voter, alors il n’y a rien à craindre. Donc, ce fameux «choix» n’est pas une obligation.
Donc, si ce n’est pas une obligation, je suppose que c’est une suggestion, comme celles faites par les vendeurs. Ce genre de processus qui garde le focus sur les produits vedettes et rien de plus. Car il ne faut pas être dupe, avec le système électoral que nous possédons, le piège de l’alternance est inévitable et le résultat quitte rarement les barèmes implantés par ceux qui contrôlent ce cirque. Le vote stratégique est d’ailleurs souvent brandit par ces illuminés comme la solution miracle, car tout autre vote ne servirait à rien. Nous ne sommes malheureusement pas dans un système électoral proportionnel et malgré le nombre de «choix» que nous avons sur le menu, nous sommes toujours pratiquement obligés de cocher ce que le système a déjà préétablit. Ils ont déjà choisi pour nous ce que nous allons consommer après le 4 septembre. Voter PLQ ferait leur affaire, car le statut quo les enchante. Voter PQ pareillement, car ils connaissent déjà l’establishment de ce parti et ils savent qu’ils vont balancer la plupart de leurs promesses progressistes pour s’accrocher au pouvoir. La CAQ? C’est leur solution de rechange en cas de mauvaise surprise. C’est un hybride péquiste-libéral rempli de carriéristes débiles qui veulent aussi avoir la chance de rouler dans ces limousines que nous payons. Et les deux plus populaires petits partis eux? Québec Solidaire est généralement prisonnier de la région de Montréal et n’arrive pas vraiment à percer en région. De plus, ce parti est constamment martelé par la propagande médiatique négative des médias de masse qui sont généralement alignés avec les intérêts de nos puissants argentiers. Pour ce qui est d’Option nationale, le traitement est encore plus cruel que celui infligé à QS. Car en dehors d’Internet, ils ont été volontairement exclus par le système des grands débats. Pourquoi? Selon moi, c’est probablement parce qu’ils ne savent pas encore comment le contre-carrer efficacement pour le moment. Le chef d’ON , Jean-Martin Aussant, maîtrise le discours économique comme un habille escrimeur et les champions du néo-libéralisme qui nous servent d’analystes financiers dans nos grands médias n’arrivent pas à le jeter au sol, en aucune occasion. Donc, à défaut de pouvoir le vaincre, je crois qu’ils ont simplement décidés de mettre le parti dans un bocal de verre loin des regards curieux du grand public.
Mais qui sont finalement ces gens qui se payent de notre gueule en nous faisant croire que nous avons le « choix »? La réponse précise à cette question nous amène inévitablement à pointer grossièrement du doigt vers le sommet des classes sociales, car c’est l’argent qui est la pierre angulaire de notre système capitaliste. L’essence même du vrai pouvoir à notre époque. Nos dirigeants non-élus sont généralement une pognée de fumier très riche qui se graisse la patte avec nos ressources et notre argent. Je ne crois pas qu’ils font parti d’un groupe organisé précis, mais plutôt un groupe d’intérêts entrecroisés qui a tout à gagner de nous voir baigner dans le fumier de l’immobilisme. Ce sont soit des gens d’ici soit d’ailleurs et qui, grâce aux «bien faits» du néo-libéralisme, se sont extrêmement enrichis et qui ont graduellement transformé nos gouvernements en extension indirecte de leur pouvoir abusif. Ce sont eux les vrais électeurs de notre système. Ce sont ces gens que nos politiciens doivent impérativement satisfaire au péril de leurs propres ambitions. Et nous, la majorité, nous avons seulement une suggestion à faire, nous n’avons que les miettes du grand buffet. « Cochez ici ou ici, mais de grâce, n’en faites pas plus! »

Alors, que nous reste-t-il comme choix? Voter avec son cœur et ses tripes? Oui et non. Oui, car c’est la meilleure chose à faire. Non, car ce foutu système ne permettrait pas à nos partis préférés d’arriver au pouvoir SAUF SI une grosse majorité détournait leur vote pour ces petits partis. Ça c’est déjà vu avec la vague orange, aux dernières élections fédérales. Par contre le NPD était déjà dans la game depuis longtemps, donc ça n’a pas ébranlé grand chose au sommet. Mais il n’y aura pas d’autre vague orange, car cette fois tous vont s’assurer que les alternatives restent occultées et/ou diabolisées le plus possible. Alors, je suppose que vous croyez que je vais vous dire de voter stratégique par défaut? Et bien, non. Pas du tout. Ne le faites pas. Je vous dirais même de ne pas allez voter… mais d’un coté, ça ne règlera rien du tout non plus. Parce que ce système va muter et s’adapter à ce genre de chose aussi. Car le problème n’est pas lequel des partis politiques est le meilleur ou quel genre de gouvernance devrions-nous implanter au sommet. Le problème est aux racines de ce système. Nous en sommes maintenant tous prisonniers et plus aucune décision de société nous revient. Tant que nous n’aurons pas trouvé une façon de transformer la nature de ce système ou peut-être même de l’abattre, tout simplement, nous allons être condamnés à répéter les mêmes gaffes.
«Et ta solution c’est quoi espèce d’emmerdeur conspirationniste?»
Rapidement comme ça, je n’ai pas d’idées précises là-dessus. Mais je suppose qu’il serait peut-être temps que nous sortions du carré de sable électoral et que nous commencions à voir le problème d’un autre angle. Une partie de la solution se trouve, selon moi, dans cette repossession du CHOIX. En cette reprise de contrôle de notre destinée. En dehors d’un bout de papier et d’une date prédéterminée sur un calendrier aux 4-5 ans (quand nous avons la chance de connaître la date, bien sûr). Car pour le moment, je n’ai pas l’impression d’avoir véritablement le choix et que ce fameux devoir de voter semble être un exercice aussi futile que de choisir entre aller soit au Mcdo, soit chez St-Hubert ou soit au Harvey’s. Avoir le choix entre deux ou trois formes d’ingestion, le résultat final est toujours le même. Le 4 septembre prochain, allons-nous vomir le printemps érable de toutes nos tripes? Allons-nous enfin réaliser que cette mascarade du « choix » électoraliste nous mènera vers notre mort lente en tant que peuple? Nous verrons bien… d’ici là, pincez-vous encore le nez, il ne reste que quelques jours avant la fin.