Excellent texte de Simon-Pierre Savard-Tremblay, Président du Forum jeunesse du Bloc québécois, publié dans le Devoir du 13 juillet 2011:
http://www.ledevoir.com/politique/quebec/327255/pour-relancer-la-question-linguistique
Pour relancer la question linguistique
Nous pouvions lire dans Le Devoir du 9 juillet un texte de Sabrina Plante, étudiante en science politique et militante pour la défense du français, qui se demande si la question linguistique fait toujours réagir au Québec. Je partage entièrement la conclusion de ma collègue militante sur la nécessité de relancer l’offensive de la francisation sur un maximum de fronts possibles (niveau collégial, entreprises à charte fédérale, écoles passerelles, etc.) dans la mesure où notre langue est effectivement dans un bien piètre état. Une telle offensive aurait l’effet d’un nouvel électrochoc comme le voulait Camille Laurin avec la Charte de la langue française de 1977 — qui, à ce jour, n’est plus que l’ombre d’elle-même.
Cependant, en ce qui concerne la question posée dans le titre de l’excellent texte de madame Plante — «La langue fait-elle encore réagir?» —, je me classe du côté des pessimistes; ce qui ne signifie absolument pas qu’il n’existe pas de pistes de solution pour relancer ce combat avec l’assentiment de la population québécoise. Car si les Québécois sont bel et bien favorables à la défense de notre magnifique langue nationale, cette dernière ne semble plus être le principal vecteur de mobilisation.
Langue vs accommodements raisonnables
L’indifférence générale vis-à-vis de l’invalidation de la loi 104 et du vote (sous le bâillon) de la loi 103 contraste en effet avec les manifestations monstres des années Bourassa contre les différents jugements de la Cour suprême du Canada sur nos législations linguistiques. Mais il contraste également avec le tollé populaire dont nous avons pu être témoins au cours de la crise des «accommodements raisonnables», laquelle nous a permis de constater le conservatisme culturel de la majorité historique française au Québec, un nationalisme identitaire nié par les élites intellectuelles et politiques versant dans l’idéologie multiculturaliste.
Il faut placer la colère soulevée au Québec vis-à-vis des excès de certains éléments marginaux des communautés ethnoculturelles dans une perspective plus large, laquelle nous révèle que l’identité nationale des Québécois se définit aujourd’hui davantage — et involontairement — autour de valeurs civilisationnelles, à l’instar de l’égalité hommes-femmes et de la laïcité des institutions publiques.
Avant le tournant du siècle, le principal danger perçu par les Québécois était celui de l’anglicisation. Depuis les années 2000, ce sont les communautarismes religieux qui incarnent la menace contre notre identité nationale. Il importe de placer ces revendications comme étant la conséquence du multiculturalisme d’État au Canada. Si cette idéologie radicale a aujourd’hui gagné l’ensemble du monde occidental et fait de l’ensemble des nations des forteresses assiégées (si bien que l’intellectuel français Alain Finkielkraut a déjà affirmé que «nous sommes tous devenus des Québécois»), le Canada de 1982 en fut le premier laboratoire d’envergure.
Si la diversité ethnique constitue une réalité et un défi pour chaque État-nation devant l’aménager et la gérer sainement, Ottawa a répondu par un système juridique basé non pas sur le renforcement de l’inclusion aux deux peuples fondateurs du Canada, mais sur la communautarisation et la ghettoïsation. Par sa phobie de la tyrannie de la majorité et du nationalisme québécois qui serait intrinsèquement de nature tribale, Trudeau a mis sur pied un système qui encourage pourtant les minorités à se replier sur elles-mêmes d’une manière infiniment plus radicale que ne le fera jamais la nation québécoise. Le tout encadré par la toute puissante Cour suprême du Canada.
Un fil conducteur
La question linguistique s’est malheureusement partiellement convertie à cette idéologie qui lui est pourtant nocive en ne faisant du français rien de plus qu’un moyen de communication. Selon les tenants du «multiculturalisme à visage humain», soit de l’interculturalisme bouchardien, le français servirait de fil conducteur entre les différentes communautés du territoire québécois. Or, il serait d’importance vitale pour le mouvement national québécois de ramener un certain pathos de langue, un rapport émotif par rapport à cette dernière, qui doit être présentée comme ce qu’elle est: une composante fondamentale de notre enracinement national et un héritage à transmettre à notre progéniture.
Plus largement, une mobilisation linguistique ne passe que par un retour à des repères nationaux et non plus seulement civilisationnels. Pour cela, il est désormais vital que soit récupérée l’opposition massive des Québécois envers le multiculturalisme contre la véritable cause de notre malaise identitaire: le système canadien. L’affirmation d’une nation intégratrice, ferme sur son identité culturelle et aménagée autour des principes de la démocratie libérale ne pourrait pas se faire sans conflit avec le système canadien.
Les Québécois saisiraient sans doute dès lors que la question de la langue et celle des intégrismes religieux sont indissociables.