Je suis allé au Square Victoria ce soir…..c’était le 24 novembre 2011.
Un de ces soirs qui risque d’être le dernier avant que la Ville efface toute traces de l’existence de cette »Place du Peuple ». Ironiquement pour ce qui en reste, j’ai effectivement observé que le nom colle que trop bien a ce que c’est devenu. Soit un désert de désolation idéologique. En gros, la définition la plus pur du mots »peuple » au Québec. Un No Man’s Land en plein milieu d’une ville qui ne dort pas.
Bien que je n’est jamais vraiment pu m’identifier à cette Occupation depuis le début, j’ai quand même ressenti sur le terrain une forme de tristesse et d’amertume. Et non, elle ne venait pas de ce qui restait des occupants…ça venait plutôt de moi. Dans leur cas, les »occupistes » étaient plutôt distraits à marcher par-ci et par-là. Certains d’entre eux tentaient de retrouver leurs effets personnels éparpillés partout sur le camp. Ils y en avaient d’autres qui étaient encore dans leurs tente à parler de la suite des choses ou de tout et de rien. Je ne pourrais pas dire si la plupart des derniers occupants étaient simplement que des itinérants ou des poignés d’ irréductibles qui s’obstinaient à rester…ou les deux . Par contre la plupart des tentes étaient vides ou sinon remplies de diverses chose empilées en petite montagnes »bordellique » à la vue de tous. J’ai même vu le contenu de certaines d’entre elles se retrouver répandu partout sur le sol, moisies et/ou brisées. C’était comme si une tempête ou une guerre civile était passée sur les lieux. Mais pourtant personne n’était parti en panique et les policiers n’étaient pas encore rentrés dans le tas. De plus il y avait quelques flics qui se baladaient sur le terrain comme des sentinelles ennuyées. Ils attendaient le feu vert pour tout défoncer je suppose…ou allez savoir quoi.
J’étais d’ailleurs venu avec des amis ce soir là. Le but était de ramener la tente d’un autre pote qui l’avait laissée sur place en croyant y revenir occasionnellement. Mais il fut frappé par le hasard des choses. Il ne pouvait pas revenir avant des mois et il n’habitait pas à la porte à côté. Je suis donc allez sur place pour tenter de la sauver de l’inévitable. Malheureusement , tous ses biens avaient déjà disparus, probablement volés. Par contre son drapeau du Québec, aussi humide et mouillé que le parterre, avait survécu au pillage. Il flottait mollement au gré d’un vent pré-hivernale. Il était accroché sur un arbre dénudé, juste assez haut pour qu’on se fasse chier pour le sortir de là. Reste que ma simple mission fut un échec en soi et le drapeau fut une maigre récompense d’un sauvetage raté. Désolé mec.
Nous marchâmes donc à travers le reste du camp »dévasté » pour tenter de trouver un endroit où sa tente aurait été peut-être entreposée. Nous avons bien trouvés un tas de bidules et de tentes mortes, mais rien ne correspondait à ce que nous recherchions. Juste à côté, la fameuse statue de la conasse de reine Victoria nous surplombait paresseusement. Toutes les pancartes avec la plupart des slogans qui furent jadis dessus avaient pratiquement disparues. Il lui restait encore son masque de Guy Fawkes mal ajusté et son drapeau des patriotes tout froissé et trempé. Nous pouvions encore voir la corde et la bouteille d’eau qui avaient servi à saboter le drapeau, enroulée comme un serpent autour de la carcasse du tissu tricolore. Une pointe de rage me revint en me rappelant que c’était la faute de certains anarchistes si le drapeau avait été démoli ainsi. » C’est un symbole facho et nazi! » avaient-ils dit avec leurs certitude indiscutable, lisez ici leur logique de fond de toilette. L’ignorance et la haine étaient tristement des choses que le passage du temps n’avait pas effacées.
Pendant que nous fouillons dans cette accumulation de possessions abandonnées , un de mes potes fut surpris de découvrir des dizaines de livres de science qui traînaient, ils étaient dans un état mystérieusement impeccable. C’est à ce moment précis que nous nous fûmes apostrophés par une jeune femme. Celle-ci avait comme seule arme son sourire et un optimisme singulier. Elle nous apprit qu’elle était fière d’avoir épargnées ce tas de livres bien qu’ils étaient entreposés dans un endroit totalement chaotique et loin de toute sécurité possible. Elle prit donc une photo de son acte de sauvetage et disparue dans le désert de tentes à tout jamais. C’est là que je me souvins que pour certaines personnes, même les petites victoires sont parfois suffisantes pour leur apporter un peu de bonheur. Toute cette scène me rappela une anecdote d’un de ces nombreux scénario catastrophe qui existent dans les films ou les bouquins. Bien que je me souviens plus précisément lequel. Un des personnages secondaires avait sauvé quelques livres d’une bibliothèque durant le chaos. Un autre personnage lui demanda donc avec raison pourquoi avait-t-il perdu du temps à sauver ces vieux livres , car ils ne pourront jamais le nourrir ou lui permettre de survivre dans le pire du pire. L’homme répondit tout simplement qu’il ne faisait ici que sauver la mémoire de l’Humanité. Juste ce flash me toucha et je fis un lien avec l’acte bizarre de cette inconnue. Même dans la Fin, il restera toujours des humains pour sauver la mémoire de notre espèce. Mieux que rien.
Mais le futur de notre civilisation reste encore complètement incertain. Le système économique occidental est à la dérive et la guerre mondiale approche à grands pas. Au Québec c’est la mort de l’identité depuis un bon moment et les derniers résistants indépendantistes se font soit bousculer d’être dépassés, soit qu’ils se font enterrer par le système fédéral et sinon ils se poignardent entre eux pour des détails. Le combat nationale n’est toujours pas terminé mais il semble résonner dans un triste vide. Comme le bruit du vent sur ce camp quasi abandonné. Ce vent froid et humide qui descendait des vastes édifices qui servent de paysage céleste à cette »Place du Peuple ». Ces grandes tours froides du pouvoir financier qui surplombaient les ruines d’un camp qui au final symbolisait ce monde qu’ils avaient pillés sans remord au cours des âges. Pendant ce temps les »leaders » d’ Occupy Montréal semblent se féliciter entre eux et se laver les mains de cette catastrophe. Ils mettent la faute sur tout et n’importe qui sauf la leurs. Ils parlent de la »Phase 3 » et de toutes sortes de projet aussi flous qu’un discours de politicien qui »patine » sa carrière devant une caméra de TV. Triste finalité.
La victoire ici est mitigée et le combat est loin d’être terminé. Je ne sais pas ce qu’Occupy Montréal a apporté au Québec…ou au reste du monde. Je crois plutôt que ça permis à un petit groupe de gens de faire face à la source même de la société humaine et d’y avoir été durement confronté. La vie communautaire est remplie de compromis et de sacrifices…une chose que bien des gens aiment souvent soustraire de leur utopie respective. La gaffe totale quoi. Par contre je suppose que certains »occupistes » ont dû en sortir grandie de cette expérience et que d’autres en ont simplement profité pour faire passer leur idéologie en avant plan. Évidemment il y avait ceux qui voulaient avoir le simple privilège d’avoir un »toit » et un repas. Le risque ici c’est que ce nouveau phénomène social devienne aussi banal que ces vastes manifestations pacifiques qui n’ébranlent pas le système en place. Une révolution, ça ne se fait pas à coup de câlins et de »camping ». Des gens meurent avec courage en Afrique du Nord et au Moyen-Orient pour sauver leur dignité et défendre leur liberté. Ici en Occident, nous avons juste naïvement cru pouvoir changer le monde en créant un village dans une ville sans jamais ébranler quoi que ce soit. Certains diront que toute cette action était en fait qu’une immense symbolique constructive et je suis naïf de ne pas l’avoir remarqué. Je peux les croire en partie. Mais nous avons cette triste impression que c’est seulement entre eux qu’ils ont redécouvert la vie collective. Malheureusement cette expérience n’a pas ébranlé le béton de l’individualisme qui prime sur le reste de la population. Ils sont devenues un microcosmes à part qui dérive vers l’inconnu. Un endroit flou dont seulement eux sont persuadés de connaître la destination. Bon voyage! En espérant vous revoir le jour de la véritable révolution….
L’ironie humaine a fini par avoir le dessus sur l’utopie. Je quittai donc ce camp sans me retourner, le laissant devenir qu’un souvenir mitigé. L’abandonnant dans le vide des consciences collectives et de l’histoire de l’humanité. Car tout ce que nous avons gagné ici, c’est le Néant. Un désert idéologique où ses habitants ne cesseront jamais de nier les failles de leur réflexion. Allons nous encore tourner en rond pour les décennies à venir alors que tout s’écroule? Qui sais….seul l’avenir nous le dira. Car même dans les plus vaste des désert, des oasis cachés y fleurissent. Et juste ça….c’est plus rassurant que n’importe quel communiqué de presse.
Mathieu Duchesne